Coulisses d'entrepreneur

Je vends des capotes, donc...

Par Wilfried Borg

Panneau publicitaire dans la rue : peu importe votre sexe, le conseil est gratuit

Je vends des capotes, donc. Donc, pour certaines personnes, j'ai forcément une sexualité débridée, je suis un expert autoproclamé du sujet, voire une sorte de confessionnal ambulant, un humour salace. Résultat ? Des situations, disons, étonnantes.

Un commercial, qui n'a rien à voir avec mon secteur, m'invite à déjeuner et décide que le moment est parfait pour me raconter sa vie intime dans ses moindres détails. Je n'avais pourtant rien demandé. Vraiment rien. Je vends des capotes, forcément je suis open.

Une jeune consultante croisée à une soirée improvisée entre potes me parle de soirées très « libérées » auxquelles elle voudrait m'inviter. Je vends des capotes, forcément je suis libertin. Un logisticien, pendant un déjeuner professionnel, se permet une remarque homophobe, persuadé que mon activité lui donne un droit de lecture sur ma personne. Erreur de casting totale, ghosté.

Et puis les entretiens d'embauche : une candidate qui pense marquer des points en parlant de la performance de son compagnon, une autre qui m'explique, sourire aux lèvres, que sa dernière expérience professionnelle s'est mal terminée à cause d'une relation déplacée avec son patron. Le mari d'une autre qui m'appelle très énervé pour me dire que sa femme n'est pas ce que je pourrais croire, et qu'elle ne travaillera jamais pour nous.

Confusion totale entre sexualité, fantasme, profession et respect. Cette image du panneau publicitaire me fait sourire parce qu'elle dit beaucoup : le mot attire, la lumière capte, mais la réalité est ailleurs.

La sexualité n'est ni sale, ni drôle, ni honteuse. Mais elle n'est pas non plus un prétexte pour tout dire, à n'importe qui, n'importe comment. Comme souvent, ce que certains projettent en dit finalement bien plus sur eux que sur moi — et en dit long sur le travail qu'il reste à faire pour démystifier la sexualité.

Voir tous les articles