← Retour au blog Coulisses d'entrepreneur

Chef d'entreprise 2.0 : quand l'IA devient mon développeur

Par Wilfried Borg ·
Exemple de prompt IA pour développer l'intranet de MB LAB : alertes commerciales, commentaires sur les devis et suivi des commandes.

Chef d'entreprise 2.0 : quand l'IA devient mon développeur

Je vends des préservatifs depuis 23 ans. Et aujourd'hui, entre deux cafés, je développe le logiciel qui permet de gérer mon entreprise.

Il y a encore quelques années, je n'aurais probablement pas imaginé écrire cette phrase.

Et pourtant, ce samedi matin, comme presque tous les matins, j'ai commencé ma journée par quelques améliorations de notre intranet.

Rien de bien extraordinaire, me direz-vous. Sauf que je ne suis pas développeur professionnel, que nous sommes une petite PME et que ce logiciel, je le construis progressivement avec l'aide de l'intelligence artificielle.

Et j'avoue que je trouve cela assez passionnant.

Retour à mes premières amours : l'informatique

J'ai une formation initiale en informatique.

J'ai connu une époque où développer une application demandait de maîtriser un langage, de comprendre les bases de données, de rédiger des centaines de lignes de code et de passer parfois des heures à chercher pourquoi une fonction refusait obstinément de fonctionner.

Puis la vie professionnelle m'a conduit vers d'autres aventures.

En 2003, je créais CondomZ, une entreprise spécialisée dans la commercialisation de préservatifs.

Depuis, mon quotidien est devenu celui d'un dirigeant de PME : achats, fournisseurs, clients, logistique, réglementation, marketing, comptabilité, gestion des équipes…

Mais je n'ai jamais perdu mon intérêt pour l'informatique.

Et aujourd'hui, grâce aux nouveaux outils de développement assistés par l'IA, je retrouve ce plaisir de construire, d'imaginer et d'expérimenter.

Avec une différence majeure.

Je ne passe plus mes journées à écrire du code. Je décris ce que je veux obtenir.

Ce matin, cinq évolutions de notre intranet avant le café suivant

Notre entreprise, MB LAB, développe progressivement son propre intranet.

Un outil conçu autour de nos besoins réels, pour gérer nos clients, nos prospects, nos devis, nos commandes, nos stocks et, à terme, une grande partie de notre activité.

Ce matin, j'avais quelques nouvelles idées.

Ajouter des alertes automatiques par email après les appels commerciaux. Permettre aux collaborateurs de commenter les devis et les commandes. Conserver l'historique des commandes traitées. Suivre leur avancement.

Des fonctionnalités assez classiques dans un logiciel de gestion, mais qui demandent habituellement du temps de développement.

J'ai donc rédigé un prompt détaillant mes besoins, les règles de fonctionnement, les interactions attendues et les différentes étapes de livraison.

Cinq demandes. Cinq livrables. Cinq nouvelles versions du logiciel à développer et à valider.

L'IA peut ensuite analyser le code existant, proposer les modifications, créer les fonctionnalités et préparer les tests.

Bien entendu, il reste à vérifier que tout fonctionne correctement.

Mais ce qui me frappe, c'est la rapidité avec laquelle une idée peut désormais se transformer en fonctionnalité concrète.

Il y a quelques années, j'aurais probablement dû rédiger un cahier des charges, solliciter un prestataire, attendre un devis, planifier les développements…

Aujourd'hui, je peux engager moi-même ce travail, directement depuis mon ordinateur.

Le dirigeant devient-il aussi développeur ?

C'est probablement ce qui me fascine le plus dans cette révolution technologique.

L'intelligence artificielle ne transforme pas uniquement la façon dont nous travaillons.

Elle transforme ce que nous sommes capables de faire nous-mêmes.

Un chef d'entreprise connaît souvent parfaitement ses besoins, ses contraintes, ses processus et les petits dysfonctionnements qui compliquent le quotidien de ses collaborateurs.

Mais jusqu'à présent, il lui manquait parfois les compétences techniques, le temps ou les moyens financiers pour transformer ses idées en outils.

L'IA vient considérablement réduire cette barrière.

Elle ne fait pas de nous des ingénieurs informaticiens du jour au lendemain.

En revanche, elle permet à ceux qui comprennent leur métier, savent structurer leurs demandes et conservent un regard critique sur les résultats d'accéder à de nouvelles possibilités.

Le dirigeant devient alors un peu analyste, un peu concepteur, un peu architecte de son propre système d'information.

Et je trouve cette perspective particulièrement stimulante.

Attention, l'IA ne dispense pas de réfléchir

Il serait trompeur de laisser penser qu'il suffit d'écrire quelques phrases pour obtenir un logiciel parfaitement fonctionnel.

Ce n'est pas le cas.

Une mauvaise demande peut produire une mauvaise fonctionnalité. Une modification peut perturber une autre partie du logiciel. Une erreur dans une base de données peut avoir des conséquences importantes.

Il faut donc définir précisément ses besoins, découper les évolutions, tester, contrôler, documenter et sécuriser.

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je demande des livrables distincts et une nouvelle version du site à chaque étape.

L'objectif n'est pas de développer le plus vite possible, mais de conserver la maîtrise de ce que nous construisons.

L'IA accélère l'exécution. Elle ne doit jamais supprimer le contrôle humain.

Une révolution pour les petites entreprises ?

Je le crois profondément.

Depuis des années, les PME doivent souvent adapter leur organisation aux logiciels disponibles sur le marché.

Des logiciels parfois excellents, mais aussi coûteux, complexes ou peu adaptés à certaines particularités de leur activité.

Et lorsqu'une fonctionnalité manque, il faut généralement s'en passer, trouver un contournement ou financer un développement spécifique.

Aujourd'hui, une autre voie devient possible.

Celle d'outils construits progressivement autour des besoins réels de l'entreprise.

Cela ne signifie pas qu'il faille tout développer soi-même. Les solutions professionnelles existantes restent indispensables dans de nombreux domaines.

Mais pour certaines fonctions internes, l'IA ouvre des perspectives extraordinaires.

Et pour un dirigeant de petite entreprise, cette capacité à imaginer et faire évoluer ses propres outils représente aussi une forme d'indépendance.

23 ans de préservatifs, et toujours autant de choses à découvrir

Lorsque j'ai créé CondomZ en 2003, le commerce électronique en était encore à ses débuts.

Il fallait déjà apprendre, expérimenter, prendre des risques, se tromper parfois et recommencer.

Vingt-trois ans plus tard, les technologies ont changé, les habitudes de consommation aussi, et l'intelligence artificielle ouvre un nouveau chapitre.

Mais finalement, le plaisir reste le même.

Celui d'imaginer quelque chose qui n'existe pas encore, puis de parvenir à le construire.

Je ne sais pas exactement à quoi ressemblera le métier de dirigeant dans dix ans.

Mais je suis convaincu d'une chose : la curiosité, la capacité d'apprendre et l'envie d'expérimenter deviendront des qualités encore plus précieuses.

Et si l'intelligence artificielle peut permettre à un patron de PME qui vend des préservatifs de redevenir développeur le samedi matin, alors je me demande bien ce qu'elle nous réserve pour la suite. 😊

Finalement, le chef d'entreprise 2.0 n'est peut-être pas celui qui maîtrise toutes les technologies. C'est celui qui conserve suffisamment de curiosité pour ne jamais cesser d'apprendre.