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Préservatifs sans latex : polyuréthane, nitrile et autres matières

Par Wilfried Borg ·

Dernière vérification scientifique : (normes, réglementation, fabricants et sources).

Schéma comparant cinq matières : latex naturel, polyisoprène, polyuréthane, nitrile et membrane naturelle.

« Sans latex », ce n’est pas une matière : c’est une absence. Dire qu’un préservatif est « sans latex », c’est dire qu’il ne contient pas de latex de caoutchouc naturel. Ce qu’il contient à la place peut être très différent : un élastomère synthétique, un plastique, une membrane animale… et ces matières n’ont ni les mêmes propriétés, ni les mêmes usages.

Après le polyisoprène, voici les autres familles : le polyuréthane, le nitrile, et quelques matières avec lesquelles il ne faut surtout pas faire d’amalgame.

À retenir

  • « Sans latex » ne dit rien de la composition : polyisoprène, polyuréthane et nitrile sont trois familles différentes.
  • Le polyuréthane est une famille de polymères, pas une matière unique : ses propriétés dépendent de la formulation.
  • Le nitrile existe pour un préservatif interne (le FC2, dont l’anneau interne amovible est en polyuréthane) et, selon Durex, pour des préservatifs externes (Durex Intensity) : des produits différents, des formulations différentes.
  • Les préservatifs en « membrane naturelle » (dits à tort « lambskin ») ne sont pas recommandés pour prévenir les IST.

Pourquoi plusieurs familles de matières ?

Un préservatif doit réunir des qualités difficiles à combiner : un film continu, une bonne résistance mécanique, de la souplesse, une stabilité au stockage, une compatibilité avec les lubrifiants et une sécurité biologique. Le latex naturel répond bien à beaucoup de ces contraintes, mais ses protéines peuvent provoquer des allergies. D’où le développement d’alternatives synthétiques.

Leur intérêt n’est pas seulement allergologique : certaines permettent des films différents au toucher, à la conductivité thermique ou au comportement mécanique. Mais la chimie du polymère ne suffit jamais à prédire la performance du produit fini : la formulation, le procédé, les contrôles, l’emballage et les études de stabilité pèsent autant.

Le polyuréthane : une famille, pas une matière

Les polyuréthanes sont des polymères dont la chaîne comporte des liaisons « uréthane ». Ils résultent généralement de réactions entre des composés porteurs de fonctions isocyanate et des polyols, avec de nombreuses variantes industrielles. En jouant sur les segments souples et rigides, la masse moléculaire et la formulation, on obtient des matériaux très différents : thermoplastiques, élastomères ou plus rigides.

Dire « le polyuréthane est plus résistant que le latex » sans préciser la formulation ni la méthode d’essai, c’est donc trompeur. Un film de polyuréthane peut être obtenu par différents procédés de formation de film ou de trempage ; il faut ensuite maîtriser l’épaisseur, les défauts, la géométrie et la stabilité. Les paramètres industriels exacts sont souvent propriétaires, et on ne peut pas supposer qu’une ligne de trempage de latex naturel serait immédiatement utilisable pour un polyuréthane.

Des exemples vérifiés

Le fabricant japonais Sagami présente Sagami Original, lancé en 1998, comme un préservatif en polyuréthane, qui convient aux personnes allergiques au latex naturel. Sagami précise que ses préservatifs sont fabriqués soit en latex naturel, soit en polyuréthane : une marque, deux matières.

Même chose chez Durex, et là, c’est spectaculaire : trois matières sous un même nom. Reckitt annonce des préservatifs Durex en polyuréthane produits dans son usine de Taicang, en Chine ; la fiche indienne de Durex Real Feel parle de polyisoprène ; et en France, Durex présente ses préservatifs Intensity sans latex comme fabriqués en nitrile. Ne déduis donc jamais la matière d’un nom de marque.

Trois cartes : Durex en polyuréthane (usine de Taicang), en polyisoprène (Real Feel) et en nitrile (Intensity).
Une même marque peut proposer plusieurs matières, selon les gammes et les pays.

Attention aussi aux chiffres du type « 0,01 » ou « 0,02 » dans un nom de gamme : ce sont des repères commerciaux, qu’il ne faut pas lire comme l’épaisseur de tout le produit sans consulter la documentation du fabricant.

Le nitrile : du préservatif interne à certains externes

Le caoutchouc nitrile (souvent noté NBR) est généralement un copolymère d’acrylonitrile et de butadiène. Les proportions de chaque monomère et les conditions de polymérisation jouent sur sa résistance chimique, sa flexibilité et son comportement mécanique. On le connaît surtout dans les gants de protection, mais un gant et un préservatif ne sont ni le même produit ni soumis aux mêmes contraintes.

L’exemple historique est le FC2, un préservatif interne. Sa première version, le FC1, était en polyuréthane. La seconde génération, approuvée par la FDA en 2009, utilise un polymère nitrile, avec un procédé plus automatisé.

C’est aussi un très bon exemple de produit qui combine deux matériaux : la gaine (le film protecteur) et l’anneau externe sont en nitrile, tandis que l’anneau interne amovible, qui sert à la mise en place et au maintien, est en polyuréthane. Le polyuréthane n’a donc pas disparu du FC2 : il a changé de rôle.

Schéma du préservatif interne FC2 : gaine et anneau externe en nitrile (bleu), anneau interne amovible en polyuréthane (vert).
Le FC2 : la gaine et l’anneau externe sont en nitrile, l’anneau interne amovible est en polyuréthane.

Le nitrile n’est pourtant pas réservé aux préservatifs internes. En France, Durex Intensity est présenté par la marque comme un préservatif externe sans latex « fabriqué à partir de nitrile », dans une version qu’elle baptise Body Feel™. Durex met en avant une meilleure transmission de la chaleur corporelle, un lubrifiant à base de silicone et des préservatifs parmi les plus fins de sa gamme. Ce sont des arguments de marque, à lire comme tels ; mais le fait, lui, est établi : la composition indiquée sur la fiche est « nitrile ».

Attention toutefois à ne pas faire d’un cas une règle : le nitrile d’un préservatif interne et celui d’un préservatif externe ne sont pas interchangeables pour autant. La formulation, le procédé de mise en forme, la géométrie, les sollicitations et le dossier de conformité diffèrent d’un produit à l’autre, et une marque ne dévoile pas ses formules.

Autres matériaux : attention aux confusions

Le polyisoprène synthétique

Il reproduit une chimie proche du caoutchouc naturel, sans ses protéines. C’est un élastomère qui peut être vulcanisé : tout est dans le dossier précédent.

Les membranes naturelles

Les préservatifs en « membrane naturelle » (souvent appelés, à tort, « lambskin ») sont fabriqués à partir d’un intestin d’agneau. Ils ne contiennent pas de latex, mais ils ne sont pas une alternative équivalente. Les CDC américains expliquent que leurs pores peuvent atteindre 1 500 nanomètres, soit plus de dix fois le diamètre du VIH : ils arrêtent les spermatozoïdes, mais pas les virus dans les études de laboratoire. Ils ne sont donc pas recommandés pour prévenir les IST et le VIH. À ne pas regrouper avec les préservatifs synthétiques évalués pour cette indication.

Autres films ou assemblages

Certains dispositifs, surtout internes, associent plusieurs matériaux ou des éléments de maintien : le FC2 en est l’exemple, avec sa gaine en nitrile et son anneau interne en polyuréthane. Pour chacun, la composition de chaque composant doit être documentée à partir de la notice de la référence vendue, et la disponibilité réelle vérifiée : un produit historique, un produit actuel et un prototype de recherche sont trois choses différentes.

Tableau comparatif

Les principales matières de préservatifs, avec des exemples documentés et les points de vigilance
MatièreExemplesParticularitéVigilance
Latex naturelLa majorité des préservatifs externesÉlastomère naturel très extensibleProtéines allergènes
Polyisoprène synthétiqueSKYN, Durex Real Feel (fiche Inde)Élastomère synthétique proche du naturelVérifier la notice et les lubrifiants compatibles
PolyuréthaneSagami Original ; certains Durex produits en Chine ; anneau interne du FC2Famille de polymères aux propriétés variablesPas de généralisation entre gammes
Nitrile (NBR)FC2 (préservatif interne : gaine et anneau externe en nitrile, anneau interne en polyuréthane) ; Durex Intensity (préservatif externe)Élastomère synthétiqueNe pas extrapoler d’un produit à l’autre : les formulations diffèrent
Membrane naturellePréservatifs dits « lambskin »Origine animale, sans latexNon recommandée pour la prévention des IST

Polymérisation, réticulation, mise en forme : trois opérations différentes

La polymérisation crée de longues chaînes à partir de monomères (le nitrile résulte de la copolymérisation de deux familles de monomères, et les polyuréthanes d’une polymérisation « par étapes »). La réticulation crée des ponts entre chaînes pour modifier l’élasticité et la tenue. La mise en forme transforme enfin le matériau en film, puis en dispositif.

Ces trois étapes peuvent se dérouler dans des installations distinctes. Le fabricant d’un préservatif n’est donc pas forcément le producteur du polymère : la chaîne de valeur peut impliquer des chimistes, des producteurs de dispersions ou de films, des fabricants de dispositifs, des conditionneurs et des titulaires de marques. On y revient dans le dossier sur qui fabrique les grandes marques.

Pourquoi c’est parfois plus difficile à industrialiser

Un film très fin doit être continu et régulier : un défaut local peut annuler les avantages d’une matière performante en laboratoire. S’ajoutent la géométrie (l’élasticité et la récupération diffèrent selon les polymères), la compatibilité entre lubrifiants, additifs et emballages, la stabilité au vieillissement, et la validation par des essais mécaniques, d’intégrité et de biocompatibilité.

Il serait pourtant inexact de dire que tous les préservatifs sans latex sont plus difficiles à fabriquer que tous ceux en latex : la difficulté dépend de la technologie, de la maturité du procédé, du volume et des exigences. Le sujet est développé dans le dossier sur les difficultés du sans-latex.

Compatibilité avec les lubrifiants

Attention, tous les préservatifs sans latex ne sont pas compatibles avec les mêmes lubrifiants. Les Durex Intensity, fabriqués en nitrile, doivent être utilisés uniquement avec des lubrifiants à base de silicone, conformément aux recommandations de Durex. Les lubrifiants à base d’eau ne sont pas compatibles avec cette gamme. D’autres préservatifs en nitrile, comme le préservatif interne FC2, autorisent pourtant les lubrifiants à base d’eau. Il est donc indispensable de consulter la notice du produit plutôt que de se fier uniquement au matériau utilisé.

Normes, sécurité et réglementation

La norme ISO 23409 concerne les préservatifs masculins fabriqués à partir de matériaux synthétiques ; l’ISO 4074 concerne ceux en latex naturel. Pour les préservatifs internes, c’est une autre famille de normes (ISO 25841) qui s’applique. Il faut toujours vérifier l’édition en vigueur et son statut au moment où l’on s’appuie dessus.

Une norme technique ne remplace pas les obligations du règlement (UE) 2017/745 : gestion des risques, évaluation clinique, documentation technique, surveillance après commercialisation. Et le marquage CE d’une référence donnée ne valide pas indistinctement toutes les compositions d’une marque. Les allégations « hypoallergénique », « sans allergie » ou « plus sûr » doivent être justifiées et formulées avec prudence.

En résumé

Le polyuréthane, le nitrile et le polyisoprène ne sont pas des synonymes. Ce sont des familles de matériaux différentes, qui répondent à des contraintes et à des procédés industriels distincts. Le choix du polymère n’est que le point de départ : ce sont les performances du dispositif final, la qualité de sa fabrication et les preuves de conformité qui déterminent s’il peut être commercialisé.

Sources

Sources consultées le 10 octobre 2026.

  1. Sagami Rubber Industries, page « Condoms » (Sagami Original, polyuréthane ; latex naturel ou polyuréthane). sagami-gomu.co.jp/en/product/condom
  2. Reckitt, « Introducing our new world-class facility in Taicang » (préservatifs Durex en polyuréthane, Chine), 2023. reckitt.com/our-stories/2023/introducing-our-new-world-class-facility-in-taicang
  3. Durex, fiche produit Durex Intensity (« fabriqués à partir de nitrile », technologie Body Feel™), telle que reprise par une pharmacie en ligne. pharmaj.fr/preservatifs/50195-durex-intensity-bt20-3059948010685.html
  4. Fiche produit Durex Intensity (composition : nitrile ; précautions d’emploi sur les lubrifiants). illicopharma.com/preservatifs/37874-preservatifs-intensity-x20-durex-3059948010685.html
  5. Durex Belgique, page Durex Intensity XL (« n’est pas compatible avec les lubrifiants à base d’eau »). durex.be/fr/preservatifs/durex-intensity-xl
  6. FC2 Female Condom, étiquetage (compatible avec les lubrifiants à base d’eau, d’huile et de silicone). fc2.us.com/labeling
  7. Durex Inde, fiche produit Durex Real Feel. durexindia.com/products/durex-real-feel-10-condoms-10spack-of-1
  8. ClinicalTrials.gov, étude NCT04076774 (description du FC2 : film en nitrile, anneau externe en nitrile, anneau interne amovible en polyuréthane). clinicaltrials.gov/study/NCT04076774
  9. Medscape, « FDA Approves FC2 Female Condom » (FC1 en polyuréthane, FC2 en polymère nitrile), 18 mars 2009. medscape.com/viewarticle/589767
  10. CDC, Sexually Transmitted Infections Treatment Guidelines, 2021, section « Condoms » (préservatifs en membrane naturelle). cdc.gov/mmwr/volumes/70/rr/rr7004a1.htm
  11. ISO 23409:2011, Male condoms — Requirements and test methods for condoms made from synthetic materials, confirmée en 2021. iso.org/standard/45589.html
  12. Règlement (UE) 2017/745 du Parlement européen et du Conseil du 5 avril 2017 relatif aux dispositifs médicaux. eur-lex.europa.eu/eli/reg/2017/745/oj

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