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Le stérilet masculin arrive. Mais les hommes sont-ils prêts à partager la contraception ?

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Homme pensif face à la question du stérilet masculin et du partage de la contraception dans le couple

Un stérilet pour homme, sans hormones, potentiellement réversible et capable d'assurer plusieurs années de contraception ? Une équipe française travaille sur cette innovation. Mais au-delà de la prouesse scientifique, une question me vient immédiatement à l'esprit : les hommes sont-ils réellement prêts à franchir le pas ?

Depuis plus de vingt ans que je travaille dans l'univers du préservatif, j'ai vu évoluer les produits, les matériaux, les technologies et les comportements.

Pourtant, en matière de contraception masculine, force est de constater que les possibilités restent particulièrement limitées.

Le préservatif, bien sûr. La vasectomie, pour les hommes qui ne souhaitent plus avoir d'enfants. Et quelques autres méthodes encore insuffisamment validées ou accessibles.

Pendant ce temps, les femmes disposent de nombreuses solutions contraceptives, avec leur lot de contraintes, de consultations médicales et parfois d'effets indésirables.

Mais voilà qu'une équipe française, à Lille, développe une solution particulièrement intéressante.

STEOM, une innovation française qui pourrait changer la donne

Son nom est STEOM.

Imaginé notamment par la Dre Julie Prasivoravong et développé avec des spécialistes en biomécanique, ce dispositif miniature serait placé au niveau des canaux déférents, ces conduits qui transportent les spermatozoïdes.

L'objectif est d'empêcher leur passage sans intervenir directement sur la production hormonale.

L'ambition est considérable : une intervention relativement courte, une contraception pouvant durer plusieurs années et la possibilité de retrouver sa fertilité après le retrait du dispositif.

Mais attention, il faut distinguer l'ambition scientifique de la réalité médicale.

STEOM est encore au stade expérimental. Son efficacité, sa sécurité à long terme et sa réversibilité doivent être démontrées chez l'homme. Il n'est pas encore disponible en pratique médicale courante.

Cela n'enlève rien à l'intérêt de cette recherche.

Et si cette technologie tenait toutes ses promesses, elle pourrait ouvrir une troisième voie entre le préservatif et la vasectomie.

Mais une innovation médicale, aussi prometteuse soit-elle, ne suffit pas à changer les comportements.

Messieurs, seriez-vous prêts à franchir le pas ?

C'est probablement la question qui m'intéresse le plus.

Parce qu'entre affirmer que la contraception doit être partagée et accepter une intervention sur ses propres organes génitaux, il existe peut-être un fossé.

Comment les hommes percevront-ils ce dispositif ?

Comme une avancée formidable ? Une liberté supplémentaire ? Une façon de prendre leurs responsabilités ?

Ou comme une atteinte symbolique à leur virilité ?

Dans notre imaginaire collectif, la fertilité masculine reste parfois associée à la puissance sexuelle, à la masculinité et à la capacité de procréer.

Pourtant, être fertile, être viril et être capable de donner du plaisir sont trois choses parfaitement différentes.

Un homme ayant recours à une contraception ne devient pas moins homme.

Mais les représentations culturelles ne disparaissent pas simplement parce que la science apporte une explication anatomique.

Et c'est peut-être là que se situe l'un des principaux défis de la contraception masculine.

Et si nous inversions les rôles ?

Depuis des décennies, des millions de femmes prennent quotidiennement une pilule, acceptent la pose d'un dispositif intra-utérin, utilisent des implants ou composent avec les effets indésirables possibles de leur contraception.

Tout cela nous semble presque normal.

Mais demandons à un homme d'accepter une intervention sur ses canaux déférents et imaginons les réactions.

« On va toucher à mes testicules ? »

« Est-ce que je pourrai encore avoir des érections ? »

« Est-ce que je vais toujours éjaculer ? »

« Et si je ne pouvais plus avoir d'enfants ? »

Ces questions ne sont pas absurdes. Certaines correspondent à de véritables préoccupations médicales auxquelles les chercheurs devront apporter des réponses solides.

Personne ne devrait accepter une intervention sans connaître précisément ses risques.

Mais cette situation révèle aussi une contradiction.

Pourquoi les contraintes médicales de la contraception nous semblent-elles si naturelles lorsqu'elles concernent les femmes, et potentiellement si difficiles à accepter lorsqu'elles concernent les hommes ?

La question mérite au moins d'être posée.

La virilité, un obstacle plus difficile à surmonter que la technologie ?

Il serait injuste de présenter tous les hommes comme incapables d'assumer leur part de responsabilité contraceptive.

Beaucoup souhaitent déjà s'impliquer davantage. L'intérêt pour la vasectomie et les nouvelles méthodes masculines montre qu'une demande existe.

Mais il serait tout aussi naïf d'ignorer les freins psychologiques et culturels.

Le rapport au sexe masculin, à la puissance, à la fertilité, à la peur de l'impuissance ou de la douleur peut influencer les décisions.

Dans certaines représentations, la capacité de procréer reste un attribut de la virilité.

Pourtant, la masculinité ne se mesure ni au nombre de spermatozoïdes ni à la capacité de féconder une partenaire.

Un homme vasectomisé est-il moins homme ?

Un homme infertile est-il moins masculin ?

Un homme qui décide de prendre en charge la contraception de son couple perd-il une partie de sa virilité ?

Évidemment non.

Mais combien d'hommes ont réellement intégré cette distinction ?

Et combien hésiteraient à adopter un dispositif contraceptif par peur du regard des autres, des plaisanteries ou d'une supposée remise en cause de leur masculinité ?

La contraception masculine pourrait bien nous obliger à redéfinir ce que nous appelons la virilité.

La confiance dans le couple : une autre révolution

Il existe une autre dimension, dont on parle finalement assez peu : la confiance.

Aujourd'hui, lorsqu'une femme utilise une contraception, son partenaire lui fait généralement confiance sur son utilisation.

Demain, si un homme dispose d'un dispositif contraceptif de longue durée, les rôles pourraient s'inverser.

Une femme devra-t-elle simplement croire son partenaire lorsqu'il affirme être contracepté ?

Comment pourra-t-on vérifier l'efficacité du dispositif ?

Quelle place prendra le suivi médical ?

Et surtout, comment les couples discuteront-ils de cette nouvelle répartition des responsabilités ?

La contraception ne se résume pas à une technique médicale.

Elle implique la confiance, le dialogue, le consentement et la liberté de chacun.

Il ne s'agit pas de transférer toutes les contraintes des femmes vers les hommes, mais de permettre un véritable partage des choix et des responsabilités.

Une révolution médicale ne suffit pas à faire une révolution culturelle

Nous pouvons inventer les contraceptifs les plus performants du monde.

Si personne ne souhaite les utiliser, leur impact restera limité.

L'acceptation d'une méthode contraceptive dépend de nombreux facteurs : son efficacité, sa sécurité, sa simplicité, son coût, ses éventuels effets secondaires, mais aussi les habitudes et les représentations sociales.

STEOM pourrait constituer une avancée importante si les essais cliniques démontrent ses bénéfices.

Mais son adoption dépendra également de la façon dont les hommes envisagent leur propre fertilité.

Non plus nécessairement comme un attribut intouchable de leur masculinité, mais comme une fonction biologique dont ils pourraient choisir de maîtriser les conséquences.

Et il faudra également que les femmes aient confiance dans ces nouvelles méthodes.

C'est donc toute une culture de la contraception qui pourrait évoluer.

Et le préservatif dans tout cela ?

Évidemment, il conserve une place essentielle.

Un stérilet masculin, s'il fonctionne comme prévu, aurait pour objectif de prévenir une grossesse.

Il ne protégerait pas contre les infections sexuellement transmissibles.

Le préservatif conserverait donc son rôle important dans la prévention du VIH et de nombreuses autres IST.

L'avenir de la contraception ne consiste pas à remplacer systématiquement une méthode par une autre, mais à multiplier les solutions fiables, accessibles et adaptées aux besoins de chacun.

La science avance. Et nos mentalités ?

Je trouve cette recherche particulièrement passionnante.

Non seulement parce qu'elle pourrait déboucher sur une innovation médicale majeure, mais surtout parce qu'elle nous invite à réfléchir à notre rapport au corps, à la sexualité et à l'égalité entre les femmes et les hommes.

Nous demandons depuis longtemps aux femmes de gérer leur contraception, d'en accepter les contraintes et parfois les effets secondaires.

Nous affirmons vouloir davantage d'égalité dans le couple.

Nous parlons de partage des responsabilités.

Alors, messieurs, lorsque la science nous proposera une méthode sûre, efficace et réversible, serons-nous prêts à faire notre part ?

Ou découvrirons-nous que notre conception de la virilité constitue un obstacle plus difficile à surmonter que les défis technologiques ?

Bien entendu, chaque personne doit rester libre d'accepter ou de refuser une intervention médicale. Le partage de la contraception ne doit jamais devenir une obligation imposée à l'un ou à l'autre.

Mais il serait dommage qu'une innovation utile soit rejetée uniquement à cause de vieux préjugés sur ce que devrait être un homme.

La science pourra peut-être bientôt bloquer les spermatozoïdes. Reste à savoir si nous saurons débloquer les mentalités.


Pour aller plus loin : notre dossier sur STEOM

J'ai voulu comprendre où en était réellement cette innovation française, au-delà des annonces parfois spectaculaires qui l'accompagnent.

Dans la rubrique La Recherche de KingOfCondomZ, nous avons consacré un dossier complet au projet STEOM : son fonctionnement, son origine, les étapes de développement, les recherches internationales et les questions scientifiques qui restent à résoudre.

Découvrir notre dossier : Le stérilet masculin STEOM, une innovation française

Et vous, qu'en pensez-vous ?

Messieurs : accepteriez-vous de vous faire implanter un dispositif contraceptif, si son efficacité, sa sécurité et sa réversibilité étaient scientifiquement démontrées ?

Mesdames : feriez-vous confiance à votre partenaire pour prendre en charge la contraception de votre couple ?

Et plus largement, pensez-vous que notre société est prête à dissocier la virilité de la fertilité ?

Vos avis m'intéressent.

— Fondateur de CondomZ, Distributeur, grossiste de préservatifs et lubrifiants depuis 2003, et créateur de la marque de Préservatifs Condomz.