Le préservatif, tout le monde connaît. Mais pourquoi s'en passe-t-on ?
Depuis plus de vingt ans, je travaille dans l'univers du préservatif. Et il y a une question qui continue de m'interpeller : pourquoi un dispositif aussi connu, aussi accessible et aussi utile n'est-il pas davantage utilisé ?
On pourrait croire que la réponse est simple.
Le manque de sensations. L'inconfort. L'oubli. Le prix. La confiance dans son partenaire.
Mais à y regarder de plus près, les raisons sont beaucoup plus nombreuses, et surtout beaucoup plus complexes.
C'est précisément ce que j'ai voulu explorer dans un nouveau dossier publié sur KingOfCondomZ.
Un paradoxe qui mérite qu'on s'y intéresse
Le préservatif est probablement l'un des dispositifs de prévention les plus connus au monde.
Depuis les grandes campagnes de lutte contre le sida, il fait partie de notre culture collective.
Et pourtant, selon l'enquête française CSF-2023, lors d'un premier rapport avec un nouveau partenaire rencontré dans les douze derniers mois, seulement 49,4 % des femmes et 52,6 % des hommes déclarent avoir utilisé un préservatif.
Cela ne signifie pas que tous les autres rapports étaient nécessairement à risque. Les stratégies de prévention sont diverses.
Mais ces chiffres soulèvent une vraie question : connaître un moyen de protection suffit-il à l'utiliser ?
Manifestement, non.
Et si nous avions mal posé le problème ?
Pendant longtemps, la prévention a beaucoup insisté sur la responsabilité individuelle.
Il faut se protéger. Il faut anticiper. Il faut être prudent.
Ces messages sont importants, mais ils ne racontent pas toute l'histoire.
Comment demander à quelqu'un d'utiliser un préservatif s'il ne sait pas choisir la bonne taille ?
Comment convaincre une personne qui a déjà ressenti une douleur, une gêne ou une perte d'érection ?
Comment parler de protection lorsque l'un des partenaires n'ose pas imposer ses limites ?
Et comment demander à un adolescent d'adopter les bons réflexes si personne ne lui a réellement expliqué les gestes, les risques et les solutions ?
La prévention ne peut pas se résumer à une injonction. Elle doit aussi apporter des réponses.
Derrière le préservatif, des questions de société
En préparant ce dossier, j'ai voulu dépasser les seules caractéristiques techniques du produit.
Parce que derrière le préservatif, il y a aussi le pouvoir d'achat, les inégalités sociales, les convictions personnelles, les tabous, les rapports de pouvoir dans le couple et la liberté de choisir.
Il y a les infections sexuellement transmissibles, dont les conséquences peuvent être importantes.
Il y a les grossesses non prévues, l'accès à la contraception et à l'IVG.
Il y a l'éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité, trop longtemps insuffisamment dispensée malgré les obligations légales.
Et il y a le travail quotidien des associations, des centres de dépistage et des professionnels de santé.
Autrement dit, un petit dispositif médical nous conduit à nous interroger sur des sujets qui concernent toute la société.
La prévention a aussi un coût. Son absence également.
Nous parlons souvent du prix d'un préservatif.
Mais beaucoup moins des moyens consacrés à l'information, au dépistage, aux soins, à l'accompagnement et à l'éducation.
Ces dépenses ne doivent pas être mises dans le même panier, et il serait absurde de prétendre que toutes les infections ou toutes les grossesses non prévues pourraient être évitées par le seul préservatif.
En revanche, une question mérite d'être posée :
Investissons-nous suffisamment dans la prévention, et surtout, investissons-nous au bon endroit ?
C'est aussi l'un des sujets que j'ai souhaité aborder.
Comprendre plutôt que juger
Je ne crois pas qu'il soit utile de culpabiliser les personnes qui n'utilisent pas de préservatif.
Je crois davantage à l'information, à l'éducation, au dialogue et à la possibilité de choisir une protection adaptée à chaque situation.
Le préservatif n'est d'ailleurs pas la seule réponse : la PrEP, le dépistage, la vaccination, les traitements et les autres méthodes contraceptives ont également leur place.
Mon objectif n'est pas de défendre un produit à tout prix.
C'est de comprendre pourquoi, malgré des décennies de campagnes de prévention, certaines difficultés persistent.
Après plus de vingt ans dans ce secteur, je continue à penser que nous avons encore beaucoup à apprendre sur les comportements, les besoins et les obstacles rencontrés par les utilisateurs.
Et qu'une meilleure prévention commence peut-être par une question toute simple :
Avant de demander aux gens de se protéger, avons-nous vraiment cherché à comprendre ce qui les en empêche ?
Je vous invite à découvrir ce nouveau dossier consacré aux freins à l'utilisation du préservatif, à leurs conséquences et aux pistes pour améliorer la prévention.
Lire le dossier complet :
https://kingofcondomz.fr/prevention/freins-utilisation-preservatif.html
Wilfried Borg — Fondateur de CondomZ, Distributeur, grossiste de préservatifs et lubrifiants depuis 2003, et créateur de la marque de Préservatifs Condomz.