Pourquoi n’utilise-t-on pas toujours un préservatif ?
Dernière vérification des sources : (sources officielles, recommandations et démarches).
Ce dossier n'a pas fait l'objet d'une relecture médicale. Il résume des sources officielles et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.
En France, des millions de personnes connaissent le préservatif. Pourtant, son utilisation reste loin d’être systématique. Perte de sensations, inconfort, prix, tabous, méconnaissance, pression du partenaire ou défaut d’éducation sexuelle : derrière ce petit objet de prévention se cachent des enjeux considérables, qui dépassent largement la sexualité.
Dossier de société et de santé publique : une question de santé, d’éducation et de société.
1. Le paradoxe du préservatif : connu de tous, utilisé par beaucoup moins
Il existe peu de produits aussi connus que le préservatif.
Depuis les grandes campagnes de prévention contre le VIH des années 1980 et 1990, il fait partie du paysage de la santé publique. On le trouve en pharmacie, dans les grandes surfaces, sur Internet et dans certains lieux de distribution gratuite.
Il est relativement simple à utiliser, ne nécessite généralement aucune prescription et permet de réduire simultanément les risques de grossesse non prévue et de transmission de nombreuses infections sexuellement transmissibles (IST).
Et pourtant, il n’est pas systématiquement utilisé.
Selon l’enquête Contexte des sexualités en France (CSF-2023), lors d’un premier rapport sexuel avec un nouveau partenaire rencontré dans les douze derniers mois, seuls 49,4 % des femmes et 52,6 % des hommes déclarent avoir utilisé un préservatif.[1]
Ces chiffres ne signifient pas que toutes les autres personnes ont pris un risque identique. Certaines ont pu recourir à d’autres stratégies de prévention, connaître leur statut sérologique ou se trouver dans des situations particulières.
Ils montrent néanmoins que l’utilisation du préservatif n’est pas un réflexe universel.
Son utilisation est-elle réellement en baisse ?
La réponse est plus complexe qu’on pourrait le croire.
Pour les premiers rapports sexuels survenus entre 2019 et 2023, l’enquête CSF indique que 75,2 % des femmes et 84,5 % des hommes déclarent avoir utilisé un préservatif.[1]
C’est un recul par rapport aux niveaux atteints après plusieurs décennies de progression de la prévention.
Mais dans d’autres situations, son utilisation augmente.
Chez les femmes de 18 à 29 ans concernées par la contraception, la part déclarant le préservatif comme méthode contraceptive est passée de 18,6 % en 2016 (Baromètre santé de Santé publique France) à 22,3 % en 2023 (enquête CSF).[1] Ces deux chiffres proviennent de deux enquêtes distinctes, que l’Inserm rapproche dans ses premiers résultats.
Il serait donc incorrect de parler d’un effondrement général de l’usage du préservatif.
| Situation et population concernée | Femmes | Hommes |
|---|---|---|
| Préservatif lors du premier rapport sexuel Premiers rapports survenus entre 2019 et 2023 |
75,2 % | 84,5 % |
| Préservatif lors du premier rapport avec un nouveau partenaire Partenaire rencontré dans les douze derniers mois (2023) |
49,4 % | 52,6 % |
| Préservatif comme méthode contraceptive Femmes de 18 à 29 ans concernées par la contraception : 2016, puis 2023 |
18,6 %, puis 22,3 % | Sans objet |
À retenir
Ce qui doit nous interroger, c’est davantage la persistance de rapports insuffisamment protégés dans certaines situations que l’évolution d’un indicateur unique.
Pour comprendre ce phénomène, il faut regarder au-delà des statistiques.
2. Les obstacles physiques et mécaniques : quand le préservatif devient inconfortable
On parle souvent du refus du préservatif comme d’une décision psychologique.
Pourtant, certaines difficultés sont parfaitement concrètes.
Un préservatif mal adapté à la morphologie
Un préservatif trop serré peut provoquer une sensation de compression, une gêne ou une difficulté à maintenir l’érection.
À l’inverse, un modèle trop large peut glisser et compromettre son maintien pendant le rapport.
Le choix de la largeur nominale est donc essentiel.
Or, combien de personnes savent réellement ce que signifie une largeur de 49, 52, 56 ou 60 millimètres ?
Beaucoup achètent encore leurs préservatifs en fonction de la marque, du prix ou de l’emballage, sans connaître les caractéristiques qui déterminent leur confort.
Il existe pourtant différentes largeurs, longueurs, formes et matières.
Un préservatif inconfortable n’est pas nécessairement un mauvais préservatif. Il peut simplement être inadapté à la personne qui l’utilise.
Les difficultés d’érection
Certaines personnes rencontrent des difficultés à maintenir leur érection au moment d’enfiler un préservatif.
L’interruption du rapport, le stress, la peur de décevoir ou une sensation de compression peuvent intervenir.
Le problème peut devenir circulaire : une première mauvaise expérience crée une appréhension qui rend les expériences suivantes plus difficiles.
Des solutions existent : choisir une taille adaptée, apprendre à le mettre sans précipitation, intégrer ce geste dans l’intimité ou utiliser un lubrifiant compatible.
Si les difficultés persistent, un professionnel de santé peut rechercher une cause physique ou psychologique.
Le phimosis et les particularités anatomiques
Le phimosis, caractérisé par une difficulté ou une impossibilité à rétracter le prépuce, peut compliquer l’utilisation du préservatif lorsqu’il provoque des douleurs ou des tensions.
Certaines personnes présentent également une hypersensibilité du gland, des douleurs lors des rapports ou des particularités anatomiques nécessitant un avis médical.
Important
Il ne faut jamais forcer le décalottage d’un prépuce douloureux ou serré.[2]
Ces situations ne justifient pas de renoncer définitivement au préservatif. Elles justifient de rechercher une solution adaptée, éventuellement avec un médecin généraliste ou un urologue.
Les allergies et les irritations
Le latex naturel peut provoquer des réactions allergiques chez certaines personnes.
D’autres réactions peuvent être liées aux lubrifiants, aux parfums, aux spermicides ou à certains composants.
Des préservatifs sans latex, notamment en polyisoprène ou en polyuréthane, offrent des alternatives.
Il faut toutefois distinguer les matières : tous les préservatifs présentés comme « naturels » ne protègent pas nécessairement contre les IST. Les membranes naturelles poreuses ne constituent pas une alternative équivalente pour la prévention du VIH et d’autres infections.[3]
Une irritation persistante, des douleurs ou des lésions doivent conduire à consulter plutôt qu’à multiplier les essais de produits.
3. La perte de sensations : un argument fréquent, mais pas une fatalité
« Je sens moins. »
« Ça coupe le plaisir. »
« Je préfère sans. »
Ces arguments reviennent régulièrement lorsqu’on évoque les raisons de ne pas utiliser de préservatif.
Il serait inutile de nier les sensations individuelles. Un préservatif introduit une interface physique et peut modifier les perceptions.
Mais il existe une grande diversité de produits.
Les modèles diffèrent par leur matière, leur épaisseur, leur forme, leur lubrification et leur ajustement.
Un modèle plus fin peut convenir à certaines personnes, sans garantir une meilleure sensation pour tout le monde.
De même, un modèle plus épais n’est pas nécessairement moins confortable.
L’ajustement, la lubrification et les préférences individuelles jouent un rôle important.
Le rôle du lubrifiant
Une lubrification insuffisante peut provoquer des frottements, une sensation désagréable ou des douleurs.
Un lubrifiant compatible peut améliorer le confort et contribuer à limiter certains risques de rupture liés aux frottements.
Lubrifiant et latex : ce qui est compatible
Les lubrifiants à base d’eau et de silicone sont généralement compatibles avec les préservatifs en latex, sous réserve des indications du fabricant.
Les produits huileux, comme certaines huiles de massage ou la vaseline, ne doivent pas être utilisés avec les préservatifs en latex, car ils peuvent fragiliser la matière.[4]
Le choix du lubrifiant est donc aussi important que celui du préservatif.
Une question de dialogue
Le plaisir sexuel ne dépend pas uniquement de la sensation physique.
La confiance, l’absence d’anxiété, la communication et le respect des préférences de chacun jouent également un rôle.
Lorsqu’une personne refuse le préservatif au motif qu’elle ressent moins de plaisir, la question ne devrait pas être de savoir qui doit céder.
Elle devrait être de rechercher ensemble une solution respectueuse du consentement et des besoins de chacun.
Personne n’est obligé d’accepter un rapport sans protection.
4. Le coût, la gêne et les inégalités sociales
Le préservatif est souvent présenté comme un produit bon marché.
Mais cette affirmation mérite d’être nuancée.
Selon le conditionnement, le lieu d’achat et la marque, le prix unitaire peut varier considérablement.
Prenons l’exemple d’une personne utilisant huit préservatifs par mois.
À 0,15 € l’unité, son budget annuel serait de 14,40 €.
À 0,50 €, il atteindrait 48 €.
À 1 €, il représenterait 96 €.
Ces montants sont des simulations, pas des dépenses moyennes observées.
Pour certaines personnes, cette différence peut paraître insignifiante. Pour d’autres, elle peut peser sur un budget déjà contraint.
Mais le coût ne se limite pas au prix.
Il faut parfois se déplacer, anticiper son achat, accepter de demander un produit en pharmacie ou trouver un lieu où se le procurer discrètement.
La gêne d’acheter un préservatif
Pour un adulte habitué à acheter des produits de santé sexuelle, l’acte peut sembler banal.
Pour un adolescent, un jeune adulte ou une personne vivant dans un environnement où la sexualité est taboue, il peut être intimidant.
La peur de croiser quelqu’un de connu, d’être jugé ou de devoir expliquer son achat peut constituer un obstacle.
La possibilité d’acheter en ligne, d’utiliser des distributeurs ou d’obtenir des produits gratuitement peut réduire certaines de ces difficultés.
La gratuité en pharmacie
En France, depuis le 1er janvier 2023, les personnes de moins de 26 ans peuvent obtenir gratuitement certaines références de préservatifs en pharmacie, sans ordonnance et sans âge minimum.[5]
Les mineurs peuvent bénéficier de dispositions préservant la confidentialité de la délivrance.
C’est une avancée importante.
Mais une question demeure : combien de jeunes connaissent réellement ce dispositif ?
La gratuité d’un produit n’a d’effet que si les personnes concernées savent qu’il existe et peuvent effectivement y accéder.
5. Croyances, religions, tabous et pression sociale
La sexualité ne se construit pas uniquement à partir de connaissances médicales.
Elle est également influencée par l’éducation familiale, les convictions personnelles, les normes culturelles, les croyances religieuses et les représentations du couple.
Les convictions religieuses
Certaines doctrines religieuses expriment des réserves ou des oppositions à des pratiques contraceptives.
Mais il serait trompeur d’en déduire que toutes les personnes appartenant à une religion refusent le préservatif.
Les pratiques individuelles sont diverses et ne correspondent pas nécessairement aux positions officielles des institutions religieuses.
La prévention doit pouvoir dialoguer avec les convictions sans stigmatiser les croyants ni renoncer à une information scientifique claire.
La confiance dans le partenaire
« Je lui fais confiance. »
Cette phrase est souvent utilisée pour justifier l’abandon du préservatif.
La confiance est importante dans une relation. Mais elle ne constitue pas, à elle seule, une protection contre les IST.
Une personne peut être porteuse d’une infection sans présenter de symptômes et sans en avoir connaissance.
Le dépistage, le dialogue et la définition commune des conditions de protection sont donc essentiels, notamment lorsqu’un couple envisage de ne plus utiliser de préservatif.
Les rapports de pouvoir
Dans certaines situations, une personne peut éprouver des difficultés à demander l’utilisation d’un préservatif.
Elle peut craindre un refus, une dispute, une rupture ou une réaction violente.
Le problème n’est alors plus seulement médical ou technique.
Il devient relationnel et social.
Le consentement à une relation sexuelle ne signifie pas automatiquement consentement à un rapport sans préservatif.
Retirer volontairement un préservatif à l’insu de son partenaire constitue une atteinte au consentement et peut avoir des conséquences juridiques selon les circonstances.[6]
La prévention doit donc également parler de respect, de communication et de liberté de refuser.
6. Comment choisir, obtenir et utiliser correctement un préservatif ?
Une partie des difficultés pourrait être évitée grâce à une meilleure information pratique.
Choisir un modèle adapté
Le choix doit tenir compte de plusieurs caractéristiques :
- La largeur nominale, qui influence l’ajustement.
- La longueur et la forme.
- La matière, notamment en cas d’allergie au latex.
- La lubrification et la compatibilité des produits utilisés.
- La conformité réglementaire, la date de péremption et l’intégrité de l’emballage.
Un préservatif trop serré, trop lâche ou inconfortable mérite d’être remplacé par un modèle plus adapté.
Quand faut-il le mettre ?
Pour les rapports concernés, le préservatif externe doit être mis avant tout contact génital susceptible d’entraîner une exposition aux IST ou aux spermatozoïdes, et conservé pendant toute la pénétration.
Il ne faut pas attendre l’éjaculation.
Le liquide pré-éjaculatoire peut présenter un risque de grossesse dans certaines circonstances, et plusieurs IST peuvent être transmises sans éjaculation.
Un nouveau préservatif doit être utilisé pour chaque rapport et lorsque l’on change de pratique si cela est nécessaire pour éviter les transferts de germes.
Il ne faut pas superposer deux préservatifs externes ni associer simultanément un préservatif externe et un préservatif interne : les frottements peuvent compromettre leur bonne utilisation.[4]
Que faire en cas de rupture ou de glissement ?
Rupture ou glissement : les bons réflexes
Il faut interrompre le rapport et évaluer rapidement les risques.
Selon la situation, une contraception d’urgence, un dépistage ou un traitement post-exposition au VIH peuvent être indiqués.
Le traitement post-exposition au VIH est une urgence médicale : il doit être évalué le plus rapidement possible, idéalement dans les premières heures.[7]
La contraception d’urgence doit également être prise dans les délais adaptés à la méthode choisie.
En cas de doute, une pharmacie, un CeGIDD, un centre de santé sexuelle ou un service d’urgence peut orienter la personne concernée.
Le préservatif n’est pas la seule méthode de prévention
La PrEP réduit fortement le risque d’acquisition du VIH lorsqu’elle est correctement utilisée, mais elle ne protège pas contre les autres IST ni contre les grossesses.
La vaccination contre les papillomavirus et l’hépatite B, le dépistage régulier, les traitements adaptés et les autres méthodes contraceptives complètent les possibilités de prévention.
Il ne s’agit pas d’opposer ces méthodes, mais de permettre à chacun de choisir une stratégie adaptée à sa situation.
7. Les infections sexuellement transmissibles : une réalité sanitaire importante
Le débat sur le préservatif ne peut pas être séparé de l’évolution des IST.
Selon Santé publique France, en 2024, les données de l’Assurance maladie font apparaître environ :
| Infection | Diagnostics en 2024 (environ) |
|---|---|
| Chlamydiose | 61 100 |
| Gonococcie | 25 800 |
| Syphilis | 6 500 |
À ces chiffres s’ajoutent des diagnostics réalisés dans les CeGIDD. Il ne faut pas additionner ces sources sans précaution, notamment en raison des différences de périmètre et des risques de double comptage.[8]
L’augmentation du dépistage contribue à identifier davantage d’infections.
Cependant, les indicateurs disponibles montrent également que les IST bactériennes restent un enjeu majeur de santé publique.
En Nouvelle-Aquitaine, selon les données de l’Assurance maladie, environ 5 400 chlamydioses, 1 900 gonococcies et 470 syphilis ont été diagnostiquées en 2024, avec des taux de diagnostic supérieurs de 13 % (chlamydiose), 16 % (gonococcie) et 17 % (syphilis) à ceux du reste de la France hexagonale hors Île-de-France.[9]
Pourquoi ces infections ne sont-elles pas anodines ?
Une chlamydiose peut évoluer sans symptômes et, dans certains cas, entraîner des complications reproductives.
Une gonococcie peut provoquer des infections génitales ou d’autres complications.
Une syphilis non traitée peut avoir des conséquences graves, notamment neurologiques ou cardiovasculaires, et présenter des risques pendant la grossesse.
Certaines infections virales, comme le VIH ou les papillomavirus, nécessitent des stratégies de prévention et de suivi spécifiques.
Les préservatifs réduisent le risque de transmission de nombreuses IST, sans offrir une protection absolue, notamment contre celles pouvant se transmettre par contact avec des zones cutanées non couvertes.
L’objectif de la prévention n’est donc pas de promettre un risque nul.
Il est de réduire les risques de manière réaliste, informée et adaptée.
8. Grossesses non prévues, contraception d’urgence et IVG : le rôle social de la prévention
Lire ce chiffre correctement
En 2025, la France a enregistré 259 416 interruptions volontaires de grossesse, selon la Drees (étude publiée en septembre 2026).[10]
Ce chiffre ne signifie pas que 259 416 personnes auraient dû utiliser un préservatif.
Les situations conduisant à une IVG sont diverses : échec contraceptif, absence de contraception, évolution d’une situation personnelle, violences ou autres circonstances.
Il serait scientifiquement incorrect et moralement réducteur de ramener chacune de ces situations à une faute de prévention.
Une grossesse peut modifier un parcours de vie
Une grossesse non prévue peut entraîner des décisions difficiles, particulièrement lorsqu’elle survient à un moment où la personne ne souhaite pas devenir parent.
Pour une adolescente ou une jeune adulte, les conséquences peuvent concerner la scolarité, les études, l’emploi, les ressources financières, le logement et les relations familiales.
Mais ces conséquences ne sont ni automatiques ni identiques pour toutes.
De nombreuses jeunes mères poursuivent leurs études, travaillent et construisent une vie familiale épanouie.
La maternité précoce ne doit pas être présentée comme une vie gâchée.
En revanche, une grossesse imposée, une absence de soutien ou un accès insuffisant aux soins et aux droits peuvent compromettre l’autonomie d’une personne.
La prévention a donc une dimension sociale : permettre de choisir si et quand devenir parent.
La contraception d’urgence
La contraception d’urgence constitue une solution après un rapport exposant à un risque de grossesse.
Elle ne remplace pas une contraception régulière et ne protège pas contre les IST.
Elle ne doit pas être confondue avec l’IVG : les méthodes de contraception d’urgence agissent avant l’installation d’une grossesse.
L’accès rapide à une information fiable est essentiel, car les délais d’utilisation varient selon la méthode.
L’accès à l’IVG et les déplacements à l’étranger
La France a progressivement élargi l’accès légal à l’IVG, notamment en portant en 2022 le délai légal de recours à l’IVG de 12 à 14 semaines de grossesse (16 semaines d’aménorrhée).[11]
Historiquement, certaines femmes se rendaient à l’étranger lorsqu’elles dépassaient les délais français ou rencontraient des difficultés d’accès.
Cette réalité a été documentée par des associations et des travaux parlementaires.
Mais il serait imprudent de reprendre aujourd’hui des estimations anciennes sans vérifier combien de personnes sont encore concernées, pourquoi elles se déplacent et quelles difficultés persistent.
Le droit légal à l’IVG ne garantit pas toujours un accès immédiat et uniforme sur l’ensemble du territoire.
Le rôle des professionnels de santé, des centres de santé sexuelle et des associations reste donc fondamental.
9. L’éducation sexuelle : une obligation ancienne, une application longtemps insuffisante
Depuis la loi du 4 juillet 2001, l’éducation à la sexualité est obligatoire dans les établissements scolaires français.
Le Code de l’éducation prévoit au moins trois séances annuelles à l’école, au collège et au lycée.[12]
Pourtant, pendant plus de vingt ans, cette obligation n’a pas été pleinement appliquée.
En 2025, un nouveau programme national d’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité a été adopté par un arrêté paru au Bulletin officiel du 6 février 2025, avec une mise en œuvre à partir de la rentrée scolaire 2025.[13]
Il distingue l’EVAR à l’école primaire et l’EVARS au collège et au lycée.
Que devrait apprendre un jeune ?
L’éducation à la sexualité ne devrait pas se limiter à un cours sur les organes reproducteurs.
Elle devrait permettre de comprendre les transformations du corps, le consentement, les relations affectives, la contraception, les IST, le dépistage, les violences sexuelles et les ressources disponibles.
Elle devrait aussi apporter des connaissances pratiques : comment choisir un préservatif, comment l’utiliser correctement, où s’en procurer et vers qui se tourner en cas de difficulté.
Un adolescent qui ne sait pas comment mettre un préservatif n’est pas nécessairement irresponsable.
Il peut simplement ne jamais avoir bénéficié d’une explication adaptée.
Un problème reconnu par la justice
Le 2 décembre 2025, le tribunal administratif de Paris a reconnu une carence fautive de l’État dans l’organisation des séances d’éducation à la sexualité jusqu’en février 2025, à la suite d’une action portée par le Planning familial, Sidaction et SOS Homophobie.[14]
La décision a reconnu les manquements passés, tout en considérant que les nouvelles mesures réglementaires prises en 2025 répondaient à l’obligation d’agir.
Cela ne prouve pas que toutes les séances sont effectivement dispensées depuis la rentrée 2025.
Il faudra des évaluations nationales pour mesurer l’application réelle du programme, la formation des intervenants et la qualité des contenus.
L’existence d’un programme est une première étape. Son application concrète en est une autre.
10. Les associations : des acteurs indispensables de la prévention
La prévention sexuelle ne repose pas uniquement sur l’école et les professionnels de santé.
Des associations interviennent depuis des décennies auprès des jeunes, des personnes précaires, des populations éloignées du système de santé et des publics particulièrement exposés.
Le Planning familial, AIDES, Sidaction, les associations locales de prévention, les centres de santé sexuelle et les CeGIDD participent, selon leurs missions respectives, à l’information, au dépistage, à l’accompagnement et à la distribution de moyens de protection.
Pourquoi leur travail est-il important ?
Parce que certaines personnes ne pousseront jamais spontanément la porte d’un cabinet médical pour poser une question sur leur sexualité.
Les associations peuvent intervenir dans les établissements scolaires, les quartiers, les lieux festifs, les universités ou directement auprès des publics concernés.
Elles peuvent proposer des échanges confidentiels, sans jugement, dans un langage adapté.
Cette proximité représente une ressource précieuse.
La question des financements
Le financement de la prévention repose sur des mécanismes multiples : État, collectivités territoriales, Assurance maladie, agences régionales de santé et financements spécifiques.
Les associations alertent régulièrement sur les difficultés de financement de certaines structures locales.
Ainsi, en juin 2025, le Planning familial a alerté sur la baisse de ses financements publics : réduction de 20 % de la subvention du département de la Drôme, de 10 % dans le Loiret, suppression de la subvention régionale en Pays de la Loire, avec neuf associations de son réseau concernées à ce moment-là. La ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes a alors regretté que certaines collectivités aient choisi de réduire, voire de stopper, leur soutien.[15]
Il faut cependant éviter de confondre les budgets nationaux des fédérations, les crédits destinés aux structures locales et les financements consacrés à des programmes particuliers.
Certaines enveloppes peuvent augmenter pendant que des associations locales subissent des réductions de subventions.
L’enjeu est donc de mesurer les moyens réellement disponibles sur le terrain, et non de se limiter à un montant budgétaire national.
11. Combien coûte une prévention insuffisante à la collectivité ?
C’est probablement l’une des questions les plus importantes de ce dossier.
Une infection sexuellement transmissible peut nécessiter une consultation, un dépistage, des analyses, des traitements et parfois une prise en charge prolongée.
Certaines complications peuvent entraîner des hospitalisations ou des soins spécialisés.
Une grossesse non prévue peut nécessiter des consultations, un accompagnement médical, une contraception d’urgence ou une IVG.
Ces actes et prestations représentent des dépenses de santé.
Attention
Mais attention : toutes ces dépenses ne constituent pas automatiquement des coûts évitables grâce au préservatif.
Les dépenses à distinguer
Pour évaluer correctement le coût collectif, il faudrait examiner séparément :
- Les dépenses de dépistage des IST.
- Les coûts de traitement des infections diagnostiquées.
- Les dépenses liées aux complications évitables.
- Les remboursements des préservatifs et des autres contraceptions.
- Les dépenses de contraception d’urgence.
- Les dépenses liées à l’IVG.
- Les budgets d’éducation et de prévention.
Une analyse économique rigoureuse devrait également prendre en compte les effets des vaccinations, de la PrEP, des traitements et des autres contraceptions.
Il serait trompeur de présenter une somme globale comme « le coût du non-port du préservatif ».
La prévention est-elle économiquement rentable ?
C’est une hypothèse plausible pour de nombreuses interventions, mais sa démonstration nécessite des études spécifiques.
Il faut comparer le coût d’un programme de prévention avec les infections ou les grossesses effectivement évitées grâce à ce programme, en tenant compte des comportements et des autres moyens de protection.
Une dépense de prévention peut être justifiée par ses bénéfices sanitaires et sociaux, même si elle ne génère pas immédiatement une économie budgétaire.
L’accès à la santé et à l’autonomie reproductive ne se résume pas à un calcul de rentabilité.
12. Au-delà du dispositif médical : le préservatif comme outil d’autonomie
On présente souvent le préservatif à travers ses caractéristiques techniques.
Sa matière. Son épaisseur. Sa largeur. Sa résistance. Sa conformité réglementaire.
Toutes ces caractéristiques sont importantes.
Mais elles ne disent pas tout.
Le préservatif est aussi un outil permettant à une personne de participer activement à la gestion de sa santé sexuelle.
Il peut contribuer à éviter une infection, à prévenir une grossesse non prévue et à faciliter une décision partagée entre partenaires.
Il peut être particulièrement important lorsque les autres méthodes contraceptives ne conviennent pas, sont contre-indiquées ou ne sont pas souhaitées.
Son intérêt dépasse donc le rapport sexuel lui-même.
La liberté de choisir
Choisir de devenir parent devrait être une décision aussi libre et éclairée que possible.
Choisir d’avoir une relation sexuelle ne devrait pas impliquer de renoncer à sa sécurité.
Et choisir une méthode de prévention ne devrait pas dépendre uniquement de ses revenus, de son niveau d’études ou de son environnement familial.
La prévention sexuelle participe à l’autonomie des personnes.
Mais cette autonomie suppose des conditions concrètes : une information accessible, des produits adaptés, des professionnels disponibles et le respect du consentement.
Une responsabilité partagée
La prévention des grossesses et des IST ne devrait pas reposer exclusivement sur les femmes.
Le préservatif externe permet notamment aux hommes de prendre une part directe à la contraception et à la prévention.
Cette responsabilité ne devrait pas être considérée comme une contrainte imposée par le partenaire, mais comme une dimension normale de la vie sexuelle.
Elle implique d’anticiper, de s’informer, de communiquer et de respecter les limites de l’autre.
Conclusion — La prévention commence bien avant le rapport sexuel
Après plus de vingt ans d’activité dans le secteur du préservatif, une question continue de m’interroger.
Comment un produit aussi connu, aussi largement diffusé et aussi présent dans les campagnes de santé publique peut-il encore rencontrer autant d’obstacles à son utilisation ?
La réponse est probablement qu’un préservatif n’est jamais seulement un objet.
Il intervient dans un moment intime, chargé d’émotions, de désirs, de représentations, de contraintes et parfois de difficultés.
Il peut être mal adapté, inconfortable, trop cher, inaccessible ou simplement absent au moment où l’on en a besoin.
Il peut aussi être refusé, par manque d’information, par conviction personnelle ou sous l’influence de représentations erronées.
C’est pourquoi la prévention ne peut pas reposer uniquement sur la distribution de produits.
Elle suppose de parler de sexualité sans honte, d’enseigner le fonctionnement du corps, d’expliquer les risques sans dramatiser, de former les professionnels et de soutenir les associations.
Elle suppose également de respecter les choix individuels et de reconnaître que différentes méthodes de prévention peuvent se compléter.
Le préservatif ne résoudra pas à lui seul les inégalités sociales, les violences sexuelles ou les difficultés d’accès aux soins.
Mais il peut contribuer à protéger la santé, à prévenir certaines grossesses non prévues et à renforcer l’autonomie des personnes.
À condition que chacun ait réellement les moyens de le choisir, de l’obtenir et de l’utiliser correctement.
Finalement, la question n’est pas seulement : pourquoi certaines personnes n’utilisent-elles pas de préservatif ?
Elle est aussi : que faisons-nous collectivement pour que chacun puisse se protéger librement, efficacement et sans jugement ?
Pour aller plus loin
- Pourquoi utiliser un préservatif ? : efficacité, limites et bon usage, selon les sources officielles.
- Dans quelles pratiques utiliser un préservatif ? : quelle protection selon la pratique.
- Lubrifiants et préservatifs : ce qui est compatible, produit par produit.
- L’Encyclopédie du préservatif : tailles, largeur nominale, formes, matières, lubrification.
- Taille, circonférence et largeur nominale : lire les chiffres de la boîte et choisir la bonne largeur.
- Atlas des formes et des anatomies : formes, anatomies, phimosis : éviter les raccourcis.
- Allergie au latex et préservatifs : reconnaître une réaction et savoir quand consulter.
- Irritations : préservatifs et lubrifiants : d’où elles viennent, que faire, et quand consulter.
- Sexologie et sexothérapie : qui fait quoi ? : titres protégés ou non, rôle de chacun.
- Orientation en santé sexuelle : trouver un professionnel vers qui se tourner.
- Les méthodes contraceptives : ce que disent les sources, méthode par méthode.
- La recherche sur les IST : traitements, vaccins et prévention.
- VIH, sida et PrEP : repères, chiffres et prévention.
- CondomSizer : connaître enfin sa taille de préservatif : un article du blog sur le choix de la largeur.
- Le tabou de la petite taille : un article du blog sur les petites largeurs nominales.
- Réduire les financements du Planning familial, c’est fragiliser des vies : un article d’opinion du blog.
- Le blog de KingOfCondomZ : les articles d’actualité sur la prévention et la santé sexuelle.
Sources et références
Les chiffres de ce dossier proviennent des sources ci-dessous, consultées le 22 octobre 2026. Les montants de la section 4 sont des simulations, pas des dépenses observées.
- Inserm, ANRS Maladies infectieuses émergentes, Contexte des sexualités en France (CSF-2023) : résultats « santé sexuelle », résultats « santé reproductive » et premiers résultats (13 novembre 2024). Le chiffre de 2016 sur le préservatif comme méthode contraceptive provient du Baromètre santé 2016 de Santé publique France, repris dans ces résultats.
- MSD Manuel, « Phimosis et paraphimosis » (révision de décembre 2025) ; InfoSanté (Belgique), « Phimosis, paraphimosis et décalottage ».
- CDC, MMWR 1993 ; 42(30) : 589, « Update: Barrier Protection Against HIV Infection and Other Sexually Transmitted Diseases », 6 août 1993 : les membranes animales ont des pores qui laissent passer des virus en laboratoire ; le CDC recommande les préservatifs en latex.
- ANSM, dossier thématique « Préservatifs » (ne jamais superposer deux préservatifs, ne jamais associer préservatif externe et interne) ; Santé publique France, brochure sur le préservatif masculin (gel à base d’eau ; ni vaseline, ni huiles, ni matières grasses).
- Sante.fr (service public), « Les préservatifs gratuits en pharmacie pour les moins de 26 ans dès janvier 2023 » ; Contraception : prise en charge (secret de la délivrance possible pour les mineurs).
- Assemblée nationale, débat du 1er avril 2025 sur la proposition de loi modifiant la définition pénale du viol et des agressions sexuelles : amendement n° 11 sur le retrait non consenti du préservatif, rejeté ; la rapporteure a estimé que la notion de consentement « spécifique » couvrait déjà ce cas.
- Crips Île-de-France, « La PrEP » : le traitement post-exposition au VIH, disponible depuis 1997, s’obtient aux urgences dans les 48 heures au maximum après l’exposition.
- Santé publique France, VIH et IST bactériennes en France. Bilan 2024, bulletin national du 23 octobre 2025 (données de l’Assurance maladie ; les diagnostics réalisés en CeGIDD sont comptés à part).
- Santé publique France, Surveillance et prévention des infections à VIH, des IST bactériennes et de l’hépatite B. Bilan des données 2024. Nouvelle-Aquitaine, bulletin thématique Santé sexuelle du 17 février 2026 (données de l’Assurance maladie ; taux de diagnostic comparés à ceux de la France hexagonale hors Île-de-France).
- Drees, Études et Résultats n° 1384, « 50 ans après la loi Veil, un quart des IVG sont réalisées en ville par des sages-femmes en 2025 », septembre 2026 (publication du 22 septembre 2026) ; le total de 2025 figure dans le fichier de données de l’étude. Pour l’année précédente : n° 1350 (septembre 2025), chiffre depuis actualisé par la Drees.
- Drees, Études et Résultats n° 1350 (allongement du délai légal, loi de mars 2022) ; Vidal, « Le nombre d’IVG a continué d’augmenter en 2024 » (délai légal porté de 12 à 14 semaines).
- Loi n° 2001-588 du 4 juillet 2001 et article L312-16 du Code de l’éducation (au moins trois séances annuelles), présentés par Réforme.éducation.
- Ministère de l’Éducation nationale, programmes EVAR et EVARS : arrêté paru au Bulletin officiel du 6 février 2025, circulaire du 4 février 2025, application à la rentrée 2025 (présentation de l’IH2EF).
- Tribunal administratif de Paris, décision du 2 décembre 2025, rapportée par franceinfo : carence fautive de l’État jusqu’en février 2025 ; les associations n’ont pas démontré qu’elle se poursuivait.
- Planning familial, « Alerte sur la situation financière du Planning familial » ; ICI (France Bleu), juin 2025. Chiffres communiqués par l’association et rapportés par la presse : ils décrivent la situation de juin 2025.
À propos de l’auteur
Wilfried Borg a fondé CondomZ.com en 2003. Après plus de vingt ans d’activité dans le secteur du préservatif, il publie sur KingOfCondomZ des dossiers d’information sur la prévention, la santé sexuelle et le marché du préservatif. Son parcours est présenté sur la page Qui suis-je.
Ce dossier est informatif. Il ne remplace pas une consultation médicale ni un conseil personnalisé en santé sexuelle.
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